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La prière d'un âne

publié le 6 déc. 2010 à 02:13 par Didier RAMON   [ mis à jour : 6 déc. 2010 à 10:45 ]
La prière d'un âne qui répond à la prière de Francis JAMMES.
Nous ne connaissons pas cet auteur, Robert DARTEVELLE, si quelqu'un a des informations, nous sommes preneurs (contactez-nous par courriel projet-itinerance@projet-itinerance.fr).

Seigneur, je ne suis qu'un âne.
Depuis tant et tant d'années que l'on me dit stupide, paresseux et têtu, 
je finis par croire qu'il doit en être ainsi,
que je suis ce raté, dernier des animaux, Aliboron de cirque,
juste digne d'un bât, et parfois d'un chardon.
mais souvent, Seigneur, je suis triste et bien fatigué,
de cette charge d'indifférence et de mépris,
que jamais je ne peux ni déposer, ni oublier.
On m'a tant frappé,
que mon dos est marqué de deux raies en forme de croix.
On s'est tant moqué de moi,que j'en ai honte et baisse la tête en ne disant plus rien.Aujourd'hui pourtant, en trottinant dans la poussière du chemin,
je me souviens...
Je me souviens de cette nuit froide de Judée,
quand je fus choisi,
avec un boeuf aussi misérable que moi,
pour réchauffer de mon haleine,
un Enfant-Dieu !Jamais, jusqu'à ce soir-là, personne ne m'avait, comme Lui, regardé et souri.
Je me souviens de la longue traversée du désert,
vers le pays d'Egypte,
lorsqu'il fallait trotter vite pour sauver de la mort
celui qui venait apporter la Vie au monde.
Jamais, jusqu'à ce jour-là, je n'avais porté fardeau plus doux et plus léger.
Je me souviens d'une entrée triomphale à Jérusalem,
au milieu d'une foule en délire qui chantait des "Hosannah",
et qui pleurait d'espérance et de joie.
Jamais, jusqu'à cette heure-là, je n'avais osé croire au jour de fête,
quand tout paraît si facile et si beau.Aujourd'hui, en trottinant dans la poussière du chemin,
je me souviens et je rêve...
Je rêve q'un jour, peut-être,
je m'en irai par les chemins étoilés de Tes prairies éternelles,
qui sentent bon le thym et le romarin.
A une croisée fleurie, Francis Jammes sera là,
avec son bon sourire et sa douce amitié.
Avec confiance, je le suivrai timidement,
sur le sentier de gloire qui monte vers Ton Ciel.
J'arriverai chez Toi, tout ému et tremblant,
et te dirai doucement :
Seigneur, je m'appelle Martin,
je n'ai rien d'important, ni de beau, ni de grand à T'offrir,
rien qu'une pauvre vie,
toute faite de patience et d'humiliations.
Mais si Tu veux bien de moi dans Ton Paradis,
fais que je reste, tout simplement, un âne,
un peu moins stupide,
pour comprendre la grandeur de Ta gloire et l'infini de Ta bonté,
un peu moins têtu,
pour ne plus faire que Ta seule volonté,
un peu moins paresseux,
pour chanter Ta louange éternellement !
Amen.

Robert Dartevelle

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