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Des hirondelles stoppent un projet industriel

publié le 13 août 2010 à 04:56 par Didier RAMON   [ mis à jour : 13 août 2010 à 06:08 ]
Dans notre monde où l'économie, le développement et la croissance priment sur la nature et la biodiversité, il existe heureusement des exceptions. Un chantier de démolition d'un grand bâtiment dans l'usine BOMBARDIER TRANSPORT de Crespin dans le Nord (plus grande usine ferroviaire de France) est stoppé car des hirondelles de cheminée nichent encore dans le bâtiment. 

... Ou quand une hirondelle stoppe un Bombardier !

Plusieurs articles sur le sujet dans la Voix du Nord





Ces hirondelles qui compliquent l'envol de Bombardier

La Voix du Nord - jeudi 12.08.2010, 05:08 - PAR THÉODORE TERSCHLUSEN

Déjà la troisième inspection de nids chez Bombardier cet été. Et ce n'est pas fini. PHOTO BRUNO FAVA.

| GRAIN DE SABLE |
La paire de jumelles a intégré la panoplie de certains cadres du constructeur Bombardier. Confrontés à une donnée qui d'habitude ne se discute pas en conseil d'administration : les hirondelles...

> Le... gag. 

Sur l'immense site Bombardier, à Crespin, quatre hommes remontent la voirie déserte. Deux représentants de l'entreprise et deux membres du GON (Groupement des ornithologues du Nord). Mission : inspecter... les nids d'hirondelle. L'énorme ex-siège des ANF s'étire sur 130 m et quatre étages. Sous la gouttière, de minuscules boules de boue séchée, de 10 cm de circonférence, Des nids d'hirondelles de fenêtre, qui passent en piaillant. Pour elles, la vie est belle. De nids, les observateurs en ont compté 32 : 18 sont encore occupés par des oisillons. Il faudra que le dernier d'entre eux décolle pour que le bâtiment, 4 500 m² de surface, puisse tomber.
> Le coup de Trafalgar.
La multinationale Bombardier avait tout planifié. Avec cet art consommé de la programmation qui lui permet de fabriquer des trains comme d'autres des petits pains. Profitant des trois semaines de congés d'été, Bombardier devait démolir son bâtiment 66.
Derrière, une nouvelle voirie, raccordée à un nouveau contournement désengorgeant Crespin. Même Bruxelles participe au tour de table financier. Car s'aménage aussi ici une énorme zone fournisseurs de 22 ha. Des centaines d'emplois attendus. Et patatras, un jour tombe la question. « Mais quid, au 66, des hirondelles, espèce protégée » ? Des salariés avaient donné l'alerte. Stupeur et tremblements. C'est remonté au CE, à la préfecture. « Bombardier a immédiatement décidé de tout stopper », dit Laurent Poitou, directeur santé environnement du site.

> Situation sérieuse. 

Bombardier marche alors sur des oeufs. Un arrêté ministériel de 2009 interdit toute destruction de nid d'une espèce protégée. Comme les hirondelles de fenêtre. Population en net recul, de plus de 40 % selon le GON. Que voulez-vous, les « fenêtres » aiment les abris cosy ! Il leur faut un débord au-dessus de la tête pour s'installer. Allez dégotter des gouttières sur les nouvelles constructions. « En 2009, nous n'avons plus trouvé que sept nids dans tout Valenciennes intra-muros », se désole Jean-Pierre Lejeune, du GON. La ville du ministre de l'Environnement, c'est dire ! Pour Crespin, c'est la direction régionale de l'environnement, la DREAL, qui a trouvé la solution. Le GON signalera le départ de la dernière couvée, Monsieur le préfet donnera le feu vert à l'entreprise.

> Et aujourd'hui ? 

Les hirondelles vont bien, merci. L'entreprise leur a prévu un relogement pour 2011 : 50 nids artificiels jolis comme tout ont été collés sur un bâtiment voisin. Avec gouttière artificielle. Importées d'Allemagne, à 50 euros pièce, elles ne mettront pas le bilan de Bombardier en péril. Mais quelle galère pour les trouver...
> Bombardier philosophe. Maintenant, M. Poitou est incollable sur la théorie des aléas dans les opérationnalités complexes.
Le grain de sable, si vous préférez. Il n'y a pas mort d'hommes, pas d'emploi menacé. C'est juste qu'il a fallu démonter tout un rétro-planning courant sur des mois. On fera tomber le 66 cet automne, quand 2 000 personnes seront sur le site et que des constructions démarreront ailleurs. « Une problématique s'est posée, nous l'avons surmontée. C'était aussi un challenge. »

> La... surprise du chef. 

M. Poitou a déjà prévenu la direction. Il faudra sans doute attendre octobre. Les hirondelles cette année sont arrivées tard. Et font parfois... trois nichées. Si celles de Crespin sont d'humeur enjouée, la troisième sera seulement mise en route fin août. Les pelleteuses attendront. Que serait, à Crespin, un printemps avec des trains et sans hirondelles ? Pire qu'une soupe sans sel.


Quelques précédents de « poils à gratter » sauvages

La Voix du Nord - jeudi 12.08.2010, 05:08 - M.L.

Nos amies les bêtes peuvent parfois occasionner de vrais casse-tête. Des espèces menacées par le recul de la biodiversité peuvent semer la pagaille dans de grands chantiers d'équipement. ...

> Un triton qui déroute la liaison A25 - Hazebrouck 

L'ex-RN 42 reliant l'A25 et Hazebrouck doit passer à deux fois deux voies. L'axe s'est en effet rendu tristement célèbre en 2006, quand le maire de Pradelles a été fauché en traversant cette route saturée (17 000 véhicules par jour). Le conseil général du Nord, qui a hérité de ce dossier de la part de l'État, lance les études. Un itinéraire tient la corde pour contourner les communes de Pradelles et de Borre. Mais le conseil scientifique régional du patrimoine naturel oppose son veto : le tracé traverse un secteur peuplé de tritons alpestres, petits amphibiens d'une dizaine de centimètres qui ont l'avantage d'appartenir à une espèce protégée. C'est une variante différente du tracé, un peu plus au sud, qui sera retenue.

> Hiboux de l'Avesnois : 1, éolienne : 0 

Depuis 2005, la société belge Windvision ne parvient pas à construire son grand projet transfrontalier d'éoliennes entre Ohain, dans l'Avesnois, et Momignies (province du Hainaut, en région wallonne). Un couple de grands-ducs fait en effet, sans le savoir, de la résistance passive. Découverts en 2007 dans une carrière avoisinante, et seuls représentants de l'espèce dans la région, les hiboux retardent le projet. Des experts européens se joignent alors au parc naturel régional et à l'association naturaliste locale Aubépine pour réfléchir à un projet alternatif. L'hypothèse d'équiper l'un des oiseaux d'un GPS avec balise Argos pour cartographier ses déplacements est finalement abandonnée. Tandis que des rumeurs circulent sur la mort de ces « Don Quichotte à plumes », ils ont encore été aperçus dernièrement par des observateurs locaux, plus chanceux que Windvision, repartie bredouille lors de sa dernière sortie en carrière en avril.

> Dunkerquois : le projet de lotissement a failli faire plouf 

À Craywick, près de Dunkerque, le maire André Hennebert ne s'est toujours pas remis de l'époque où son village jouait à la mare aux grenouilles. En 2007, voilà qu'un crapaud commun et une grenouille verte élisent domicile dans le watergang qui jouxte un futur quartier de lotissement. Impensable pour la police de l'eau de chasser les batraciens, le projet doit être redessiné. Le maire ira même jusqu'à demander une dérogation auprès du sous-préfet. En vain.
Les constructions du nouveau lotissement viennent juste de débuter. Le projet lancé en 2003 sera achevé en... 2013 et le comble dans tout ça, c'est qu'il n'y a plus une seule trace des batraciens fauteurs de troubles depuis l'été 2009 !


Source : http://www.lavoixdunord.fr/Region/actualite/Secteur_Region/2010/08/12/article_quelques-precedents-de-poils-a-gratter-s.shtml


Mieux protéger, c'est prévoir

La Voix du Nord - jeudi 12.08.2010, 05:08

Des hirondelles, on peut en voir tous les jours. Presque partout. N'y a-t-il pas quelque incongruité à les considérer comme en recul, voire menacées ? Le Groupement des ornithologistes du Nord est pourtant formel. La baisse de la population des « fenêtres », le Muséum d'histoire naturelle l'a quantifiée sur deux années seulement. ...
Les raisons sont multiples : pesticides, raréfaction des insectes, industrialisation de l'agriculture. Sans oublier la disparition des habitats adaptés, qui menace particulièrement les hirondelles. Mais d'autres espèces ne sont pas mieux loties : alouette des champs, linotte mélodieuse, bruant jaune, gobe-mouches gris. Pour certaines d'entre elles, la baisse se monte à 60 ou 70 % des effectifs, sur une dizaine d'années seulement selon certains comptages, ceux-là nationaux.
Si les causes sont profondes, Vincent Théry et Jean-Pierre Lejeune, les deux inspecteurs du GON à Crespin, sont optimistes. Rares sont les situations de blocage complet. « Il suffit de se mettre autour d'une table pour trouver des solutions. Le cas de Bombardier le prouve. »

En amont

Encore faut-il que le problème soit pris suffisamment en amont pour éviter l'impasse. Jean-Pierre Lejeune croit beaucoup à une meilleure information des décideurs. De tous ordres. La procédure débouchant sur les permis de démolition est-elle suffisamment explicite pour les simples particuliers par exemple ? Pourtant, la loi punit sévèrement (9 000 E d'amende et jusqu'à six mois d'emprisonnement) toute destruction de nids inopinée.
Mieux informer et agir plus en amont. « On a beaucoup parlé du contournement de Pradelles dans le Nord, bloqué pour une histoire de tritons , dit Jean-Pierre Lejeune. Mais si l'étude d'impact avait été faite plus tôt et plus complètement, le problème n'aurait-il pas pu être évité ? »


« Les animaux victimes des sorcières ! »
La Voix du Nord - jeudi 12.08.2010, 05:08 - PROPOS RECUEILLIS PAR Y. B.

Alain Villain, ancien directeur régional de l'environnement.
PHOTO ARCHIVES PHILIPPE PAUCHET.

Alain Villain, ancien directeur de l'environnement au conseil régional, n'y va jamais par quatre chemins pour dénoncer les agressions à notre mère nature. ...

- Que vous inspire cette affaire d'hirondelles dans l'industrie ? 

« Cela devrait être un réconfort d'avoir des symboles de vie aussi fantastiques sur son site. Les employés peuvent imaginer que leur lieu de travail est de bonne qualité écologique et cela devrait inciter les dirigeants d'entreprises à réfléchir sur la place de la nature chez eux. »

- En quoi la défense de quelques hirondelles suscite-t-elle autant l'attention ?
« Nous avons la vision d'un monde aseptisé où la nature doit avoir les cheveux courts. Dehors, dans le jardin, c'est une pièce en plus et l'herbe doit souvent être une moquette verte. Pas une prairie fleurie de bleuets, coquelicots, nielles des blés ou saponaires des vaches qui donnent tant de couleurs à nos espaces naturels. On s'est éloigné de la nature, on en a même peur. Le problème est là, les animaux sont victimes des contes de sorcières.
Crapauds, loups (qui n'ont jamais mangé personne), chauve-souris, chouettes, etc. On conditionne les enfants dès le plus jeune âge en leur faisant craindre ces espèces essentielles... »

- Comment vivre harmonieusement avec ces espèces protégées ?

« Quand on leur accorde une place, elles reviennent vite. Des noix ou noisettes au sol et vous aurez des écureuils. Des capucines et vous aurez des papillons blancs. Des nichoirs à plus de 2,5 m de hauteur et ce seront des hirondelles. Des pompiers de Crespin ont tué un essaim d'abeilles solitaires en parlant de "guêpes qui piquent". Ridicule ! Il suffisait d'appeler un apiculteur... On peut mettre des abris chez soi, des tuiles au sol pour les hérissons, une mare, un peu de boue (pour le nid des hirondelles), un bac à eau (oiseaux et chauve-souris femelles qui boivent beaucoup quand elles allaitent). Pas de pesticides mais du bois mort pour les insectes, donc les oiseaux et les petits mammifères. Dehors, c'est deux milliards d'années d'évolution de la vie. Ce bijou mérite quand même le respect ! »



L'esprit vital

La Voix du Nord - jeudi 12.08.2010, 05:08

| LA VOIX DE YANNICK BOUCHER |

C'est la nausée. Deux à trois espèces de plantes et d'animaux disparaissent toutes les heures dans le monde. À ce rythme,un quart de la vie non humaine sur Terre pourrait disparaître d'ici à 2050 avec un taux d'extinction des espèces 50 à 100 fois supérieur au rythme naturel.

C'est beau de penser aux éléphants, de plus en plus encombrants dans leurs espaces colonisés par l'homme. Mais qui s'occupe des muscardins, rainettes, salamandres, hérissons, couleuvres ou chats forestiers ?

L'esprit vital, animus en latin, a formé le mot d'animal. Où est donc l'esprit vital dans l'ubris, en grec cette fois, l'excès, le dépassement des limites et en clair, la volonté de puissance dans l'épuisement des ressources naturelles ? « On voit qu'il est difficile de faire des prévisions, surtout si elles concernent l'avenir », riait Woody Allen. L'avenir ? On a commencé par les grosses bêtes des cavernes, avant les ours et les loups, puis les renards, hermines ou belettes. N'aura-t-on bientôt plus que virus et bactéries à liquider ?

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