Les bœufs “paquets” bientôt de retour à Mafate

publié le 8 sept. 2010 à 02:03 par Didier RAMON   [ mis à jour : 10 sept. 2010 à 10:27 ]
Une initiative extrêmement intéressante menée dans l'île de la Réunion : réutiliser les modes de transport traditionnels dans les cirques.
Cet article répond à celui des ânes dans les estives des Pyrénées.

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  • publié le 7 septembre 2010


L’avènement de l’hélicoptère avait signé leur arrêt de mort. Les bœufs “paquets” ou “panneaux” préparent leur retour dans le cirque de Mafate. A l’origine du projet, Nathalie Renaut, qui vient de créer la société “Bœuf Pake”. Avec quatre bœufs Moka, elle a l’intention d’établir des liaisons entre Aurère et Grand-Place en passant par Ilet à Malheur et Ilet à Bourse pour transporter les marchandises des Mafatais et pourquoi pas les sacs à dos des touristes.

Avant l’arrivée de l’hélicoptère, ils sillonnaient infatigables le cirque de Mafate transportant les charges les plus improbables. Ils sont restés dans la toponymie avec le Col des Bœufs mais aussi dans la mémoire collective des Mafatais sous le nom de “bœufs paquets” ou “bœufs panneaux”. Nathalie Renaut s’est mise en tête de ramener les bœufs Moka (voir ci-dessous) dans le seul cirque totalement enclavé de notre île. Elle habite sur les hauteurs de Cambuston une petite case perdue dans les cannes et nichée au milieu de grands arbres fruitiers uniquement desservie par un étroit sentier. “C’est mon petit Mafate”, ironise-t-elle. Née en métropole à Rennes dans une famille réunionnaise, Nathalie Renaut a été tour à tour, chauffeur de bus et même coffreur-bancheur dans une grande entreprise de bâtiments et de travaux publics. L’idée de rendre à Mafate ses “bœufs paquets” lui est venue loin de la Réunion. “En 2000, j’étais chauffeur de bus sur le plateau ardéchois non loin de Peyrebeille, là où se trouve la fameuse Auberge Rouge. L’été je m’occupais d’une ferme transformée en gîte à Issanlas. Elle se trouvait sur un itinéraire proposée par la Burle une agence de voyages, spécialiste de la randonnée. Chaque soir, des marcheurs faisaient étape. Des ânes portaient leurs sacs. Je préparais des caris et des rougails saucisses. Les randonneurs étaient ravis.”

Un an pour les dresser
Quand elle rentre à la Réunion en 2005, Nathalie Renaut réfléchit au moyen de développer localement le concept. “J’ai d’abord pensé le faire autour de Sainte-Suzanne avec des ânes”, explique-t-elle. “Je me suis renseigné, et j’ai appris qu’il valait mieux utiliser des mulets que des ânes. Il n’y a pas de mulets à la Réunion. Il aurait fallu en importer. Chacun coûte 3000 euros et il faut compter trois ans pour les dresser.” Le déclic viendra du contact avec des amis Mafatais. “Ils m’ont dit qu’autrefois, ce sont des bœufs qui portaient les charges”, indique Nathalie Renaut. Ce n’est donc pas avec des ânes ou des mulets, mais avec des bœufs Moka que Nathalie Renaut va bâtir son projet. Elle le fait très sérieusement. Elle contacte le Parc et l’ONF qui lui indiquent les itinéraires qu’elle pourra emprunter avec ses bœufs, constitue avec l’aide de l’association pour le droit à l’initiative économique la société Bœuf Pake, obtient un prêt et embauche deux Mafatais. Les parents de ces derniers et eux-mêmes ont conduit sur les sentiers du cirque des “bœufs paquets”. Nathalie Renaut attaque désormais la dernière ligne droite. Cette semaine, elle va sélectionner chez un éleveur de Barrage à la Saline-les-Hauts quatre jeunes bœufs Moka. Accompagnée par les deux Mafatais, elle les conduira prochainement par le sentier Scout jusqu’à Ilet à Malheur et Aurère. “Nous nous donnons un an pour les dresser à porter des charges, explique Nathalie Renaut. Un bœuf peut porter jusqu’à 100 kg. Nous les utiliserons pour transporter les marchandises et le bois de chauffage entre Aurère et Grand-Place en passant par Ilet à Malheur, la Plaque et Ilet à Bourse. Nous allons également proposer un produit touristique pour faire découvrir les bœufs paquets dans Mafate.”

Alain Dupuis


Incontournables avant l’arrivée de l’hélicoptère Les bœufs Moka eux-mêmes issus des zébus importés de Madagascar ont fourni pendant des décennies les bœufs paquets utilisés, non seulement dans Mafate, mais dans tous les sites enclavés de l’île. Ils tiraient également les charrettes de cannes. “Les bœufs panneaux rendaient de grands services. Ils passaient partout sauf sur le Grand Rein”, nous avait raconté Axel Hache, forestier qui a longtemps arpenté le cirque. “Les bœufs panneaux étaient le moyen privilégié pour ravitailler les îlets de Mafate. Ils passaient par des endroits impossibles, se souvient l’agent forestier Henri Gossard. Pour atteindre Aurère, ils franchissaient le col du Bord Bazar. Dans la montée, il y avait un passage en corniche déjà impressionnant pour un randonneur à pied, alors vous pensez pour un bœuf même s’il n’était pas épais !”

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